"Daum, Gallé, Majorelle : l’Art nouveau revient en force" - Aladin

Emile Gallé "La feuille rongée"
Emile Gallé "La feuille rongée"
Adjugée : 225900€

Art nouveau, Daum, Gallé, Majorelle : ces mots font partie des plus recherchés sur Interencheres, le premier site de ventes aux enchères français en ligne. Après avoir aligné des prix élevés, et donc inspiré les faussaires, le style 1900 a connu une traversée du désert. Désormais, il revient en force. Flash-back.

Au milieu du XIXe siècle, alors que de profonds changements apparaissent dans la société, l'Art nouveau revendique une collaboration étroite entre artistes et artisans. Ils doivent mettre en commun leur savoir-faire et leur créativité pour arriver à ce que l’on appelle « l’art industriel ». C’est dans l’Angleterre de la reine Victoria que le mouvement prend toute son ampleur avec les Arts & Crafts, totalement en rupture avec l’époque. Précurseur de l’Art nouveau, ce mélange de modernisme, d’onirisme, d’orientalisme et de naturalisme véhicule l’idée que les arts, les sciences et l’industrie doivent être étroitement associés et accessibles au plus grand nombre. Tel est le défi !

L'école de Nancy

En France, l’Art nouveau, appelé « style nouille » par ses détracteurs, éclot en province, plus particulièrement à Nancy, en 1901, avec la création de l’Alliance provinciale des industries d’art, communément appelée École de Nancy. Ces termes désignent le regroupement des industries artistiques de Lorraine, des artistes et artisans d’art et marchands d’art qui partagent les mêmes tendances. Émile Gallé (1846-1904), maître verrier et ébéniste, en sera le premier président, remplacé à sa mort par Victor Prouvé (1858-1943), peintre, sculpteur et graveur.

Tous les domaines de la création artistique sont représentés : architecture, ébénisterie, reliure, ferronnerie, verrerie, céramique... Artistes complets, ils s’unissent dans l’emploi de techniques diverses et innovantes, conjuguant la création de pièces uniques artistiques et la production en série d’un coût plus abordable. Victor Prouvé collabore notamment avec Émile Gallé en lui proposant des cartons de marqueterie, des décors de verrerie ou de céramique. Le talent de l’artiste japonais Hokkai Takashima, qui appartient à cette mouvance, aura une influence considérable sur ses condisciples. Ces artistes sont présents ensemble pour la première fois en 1894, lors d’une exposition organisée dans les galeries Poirel à Nancy, puis s’imposent aux Expositions universelles de Paris en 1889 et en 1900. Le rayonnement de l’Art nouveau sera intense de 1895 au début de la Première Guerre mondiale, alors que déjà se profilent les prémices de l’Art déco. Parmi les figures de proue se dégagent les frères Daum (dont la cristallerie est fondée en 1878, à Nancy) et Louis Majorelle (1859-1926), créateur de meuble (à ne pas confondre avec le peintre). En 1909, les artistes de l’École de Nancy participent à ce qui sera leur dernière représentation, l’Exposition internationale de l’Est de la France à Nancy. Ils viennent de perdre leur chef de file, Émile Gallé, en 1904.

Entre idéologie et réalité

L'Art nouveau s’inspire de la nature et de ses courbes, avec une abondance de végétaux, de fleurs et d’insectes. Il en ainsi aussi dans la représentation de la femme. Il connaît également quelques influences esthétiques chinoises et japonaises. Cet art décoratif suscite sensibilité et poésie. Ce qui n’est pas sans lien avec l’onirisme que l’on retrouve à la même époque, en 1900, dans la poésie et la peinture. Courbes et volutes, élancements des lignes s’opposent à la sévérité rectiligne du classicisme. Pour autant, ses adeptes ne rejettent pas les styles antérieurs, notamment du Louis XV, mais trouvent là d’autres formes d’expression, une nouvelle grammaire décorative.

L'architecture est sans doute le fer de lance de l'art nouveau, alliant beauté et modernisme. Elle est illustrée notamment en France par Hector Guimard (1867-1942) et en Belgique par Victor Horta (1861-1947), qui a aussi dessiné des meubles, rares et chers aujourd’hui. Rythmes des spirales, sculptures, enchevêtrements... rien n’est laissé au hasard par ces créateurs dont l’art descend dans la rue. De là va découler la fabrication d’un mobilier intérieur qui, dans la même veine « idéologique », doit être pensé dans une construction logique et fonctionnelle.

Les artistes de l’École de Nancy suivent leur maître, Émile Gallé, alors que Louis Majorelie s’en différencie par des créations plus sobres, plus techniques, en mêlant au bois exotique des ornementations en bronze doré qui viennent souligner avec élégance courbes et volutes. Le mobilier signé Hector Guimard se distingue par un graphisme basé sur des lignes plus aériennes. Ce goût du détail, cette perfection dans le dessin, dans le choix et le travail des matériaux relèvent d’un savoir-faire artisanal de grand talent, mais d’un coût élevé, éloigné de cette idéologie de l’Art nouveau.

Cette réflexion incite ces artistes à ouvrir des ateliers de production en série. Certes ce mobilier est d’un intérêt inégal, mais ne néglige en rien le concept artistique de l’Art nouveau et définit « l’art pour tous ». Expositions, magasins, centres d’exposition, revues... favorisent la popularisation de ce nouveau style. Siegfried Bing (appelé aussi Samuel Bing, 1838-1905), marchand d’art, ouvre à Paris La Maison de l’Art nouveau. L’architecte Hector Guimard conçoit l’édification d’un immeuble de rapport situé à Paris, le Castel Béranger, et la réalisation en fonte industrielle des bouches du métropolitain parisien, le « style Guimard » !

Entre 1900 et 1914, le style Art nouveau est déjà soumis à des critiques véhiculées notamment par La Revue des arts décoratifs. À partir de 1910, les salons des arts décoratifs ne l’accueillent plus. Ils songent déjà à l’Art déco qui émergera dans les années 1920. Pourtant, nul n’a jamais réussi à enterrer l’Art nouveau, hybride entre modernisme et tradition, chant du cygne avant la Grande Guerre.

Le marché, selon Jean-Pierre Besch

Commissaire-priseur, Jean-Pierre Besch est le fondateur de la Maison de ventes aux enchères Besch Cannes Auction. L’Art nouveau est l’un de ses chevaux de bataille.

« Les pièces artistiques ont la cote. Le marché de l’Art nouveau connaît depuis quelques années une particularité qui le rend intéressant... Les pièces exceptionnelles, originales, de la période artistique, remarquables par leur côté créatif, atteignent des prix très élevés et font de belles plus-values. Il s’agit d’un marché qui concerne une clientèle internationale de collectionneurs, surtout français, suisses, nord-américains. Ils sont moins nombreux que par le passé, mais s’emparent des belles pièces antérieures à 1914. En revanche, les œuvres tardives de la période postérieure à 1914 se vendent à des prix qui sont loin d’égaler ceux qu’elles atteignaient dans les années 1990-2000. »

A noter :

Ventes aux enchères : Besch Cannes Auction, le 2 novembre et le 30 décembre 2019 - www.cannesauction.com

Julie DENCOURT

Adjugés à prix record

Emile Gallé La feuille rongée

La feuille rongée est considérée comme l'une des vingt-deux oeuvres les plus abouties d'Émile Gallé. Cet important vase sculpté de côtes (nervures des feuilles) repose sur un piédouche à décor de pétales. Ses tons irisés gris vert métallique laissent transparaître la profondeur des cristaux ambrés et des applications de coccinelles couleur saphir. La signature apparaît en creux sur le corps du vase. Elle a été exposée au Musée des Arts décoratifs de Paris en 1903.

H. : 24 cm -L. : 23 cm. Vente Besch Cannes Auction en 2016.

Adjugée : 225900€


Daum Sorbier des oiseleurs

Le sorbier des oiseleurs est une des pièces les plus spectaculaires de Daum. Ce grand vase balustre en verre multicouche marmoréen arbore des tons rosé et vert sur fond rouge violine et blanc opaque. Il est orné d’un décor de feuilles et de baies de sorbier repris à la meule et ciselé. Deux anses latérales se prolongent sur le corps du vase en tiges nervurées et ciselées. La pièce est signée à la roue à meuler, Daum Nancy. Elle date de 1902.

H. : 47,5 cm. Vente Besch Cannes Auction en 2018.

Adjugé : 115400€

Retrouvez l'intégralité de l'article dans le numéro de Septembre 2019 "Aladin, magazine des chineurs" pages 50 à 55. A télécharger en PDF.

Les documents :

Arts décoratifs15
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