
Avec Claire Yvonne Tricoche, nous remontons au Paris des années 1930 : une période faste pour la mode, qui la voit devenir l’un des mannequins phares et l’une des muses du célèbre couturier Jean Patou. Vers 1940 et 1943, elle commande à la maison Cartier ces broches alliant luxe et inventivité. Toutes deux sont accompagnées d’une lettre d’expertise de l’IAJA stipulant qu’elles sont l’oeuvre de Cartier, qu’elles ont fait l’objet d’une commande spéciale et que leurs pochette et écrin sont d’origine. Elles sont restées jusqu’à ce jour dans la descendance de leur commanditaire. 12000/22000€ sont annoncés pour la broche «Feuillage» en platine, à décor végétal de feuilles ondulées et ajourées, sertie de diamants 8/8, baguette, taille ancienne et marquise pour un total d’environ 5,50 ct.
Cartier, broche «Rossignol» en or jaune et platine, pavage de diamants d’environ 2,50 ct, de diamants taille ancienne et centré d’un diamant ovale d’environ 1,20 ct, deux rubis en cabochon et facettés, signée «Monture Cartier», numérotée, poinçon de maître Cartier, vers 1943, 4,4 x 3,3 cm. Estimation : 15000/25000€
Quant à la broche « Rossignol », elle associe l’or jaune et le platine. Un choix emblématique de la production Cartier à cette époque, l’or donnant chaleur et volume aux éléments végétaux et animaliers, tandis que le platine est privilégié pour le sertissage des diamants, permettant une mise en valeur optimale des pierres grâce à sa résistance et à sa discrétion. Le rossignol chanteur sur sa branche traduit un remarquable sens du mouvement dans cette broche témoignant de l’inventivité de Cartier ainsi que du savoir-faire de ses ateliers dans l’art du sertissage et de la sculpture du métal. Symboles de liberté et de renouveau, les oiseaux occupent une place privilégiée dans les collections de la maison depuis le début du XXe siècle, aux côtés des panthères, tigres, crocodiles et flamants roses. Dans les années 1920-1930, ils envahissent les broches et sont conçus comme des sculptures miniatures alliant pierres et métaux précieux. En 1942, dans les vitrines du magasin de la rue de la Paix, non loin de l’état-major allemand, furent exposées des broches représentant des oiseaux en cage. Ce volatile n’était autre qu’un rossignol en lapis-lazuli, corail, or blanc et diamants. Imaginés par Jeanne Toussaint et dessinés par Peter Lemarchand, ces bijoux provocateurs valurent à la directrice de la maison quelques jours de captivité. Lors de son interrogatoire, elle justifia ainsi le choix de ce décor : «Parce que j’aime les oiseaux. Le premier était une des breloques décorant un bracelet réalisé en 1933 pour Mme Yvonne Printemps. Son surnom était “le rossignol”.»
JEUDI 13, VENDREDI 14, SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 AOÛT, CANNES. BESCH CANNES AUCTION OVV. M. KUZNIEWSKI, M. DE GARO.
LA GAZETTE DROUOT N° 29 DU 24 JUILLET 2026 p.114 -