"Le pouvoir des femmes" - Gazette Drouot

Masque de danse "Mwana Po"
Masque de danse "Mwana Po"

Avec ses traits fins et ses scarifications ciselées, ce masque féminin à l’expression intense, accentuée par les yeux en grain de café miclos, séduit au premier coup d’œil. Atout charme s’il en est, sa chevelure impressionne par son volume et son superbe état de conservation. Cette coiffe est en effet constituée d’anciennes fibres végétales tressées et nouées, maintenant une multitude de coquilles de noix de cola. En bois, doté d’une belle patine d’usage légèrement rougeâtre et brune, ce masque est un accessoire de danse «Mwana Po». Il symbolise une ancêtre et trouve sa place au cœur des cérémonies chorégraphiées, appelant les dieux à favoriser la fécondité et donc à assurer la pérennité de la tribu. Mais il symbolise également l’idéal féminin, insistant sur la jeunesse et la beauté. Il est pourtant toujours porté par un homme, vêtu d’une jupe et muni de seins postiches, qui mime les manières des femmes. Le danseur a un rapport très étroit avec son masque, qu’il paie au sculpteur avec un anneau de cuivre, sacralisant son mariage avec cet objet. Il sera également enterré avec lui. D’une importance primordiale pour la vie du village, cet accessoire confère à son propriétaire un important pouvoir. Les délicates scarifications du visage ont des significations : celles du haut des joues évoquent des larmes, sculptées en relief, peutêtre celles versées par une femme morte jeune – la danse rappelant la douleur causée par sa perte –, tandis que celle du front, appelée «tshingelyengelye» – qui pourrait être inspirée d’un motif occidental comme la croix du Christ au Portugal –, présente un signe caractéristique des Tshokwe, dont les quatre points symbolisent peut-être les points cardinaux. D’une grande beauté, cet objet fut acheté dans une galerie zurichoise en 1973 par un peintre allemand, avant de passer une première fois par Cannes lors d’une vente à l’hôtel Martinez, le 28 décembre 2001. Il a également été présenté lors de l’exposition «Ils collectionnent… les arts de l’Afrique, d’Océanie et d’Amérique dans les collections privées Marseillaises», qui s’est tenue au musée de la Vieille-Charité, à Marseille, du 6 juin au 30 septembre 1995.

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