« L’hégémonie des bordeaux est aujourd’hui terminée » - Aladin

Pascal Kuzniewski, avec la star du marché
Pascal Kuzniewski, avec la star du marché
Le Romanée-Conti (Bourgogne) !

Les vendanges sont terminées alors que les foires aux vins se poursuivent. Et du côté des salles des enchères, comment se porte le marché du vin ? Quels sont les crus les plus plébiscités, les affaires à ne pas manquer ? De la progression des bourgognes à l’émergence des vins naturels, l’expert Pascal Kuzniewski nous livre les dernières tendances.

  • Aladin : Quels avantages présentent les ventes aux enchères de vins et d’alcools par rapport à l'achat dans le commerce traditionnel ?

  • Pascal Kuzniewski*: « L’offre dans les ventes aux enchères est très large. Tout comme dans le commerce traditionnel, il sera possible d’acquérir des vins récents, mais également des bouteilles plus anciennes et plus rares, généralement introuvables ailleurs. Les acheteurs à la recherche d'une année précise, pour célébrer un anniversaire par exemple, ou d’un vin prestigieux auront plus de chance de trouver la bouteille convoitée dans les salles des ventes qu’en boutique. En outre, les prix enregistrés y sont souvent moins élevés. »

  • Aladin : Quelles sont les dernières tendances du marché du vin ?

  • Pascal Kuzniewski : « Si, il y a dix ans, les bordeaux étaient totalement prédominants et remplissaient jusqu’à 90 % des catalogues de ventes, cette hégémonie est aujourd’hui terminée. Certaines dérives de prix ont conduit le public à s’intéresser à d’autres régions. Aujourd’hui, la Bourgogne, la Champagne, le Rhône et le Jura captivent de plus en plus le public et totalisent près de la moitié des lots présentés aux enchères. »

  • Aladin : Dans les bordeaux, quels sont les vins les plus plébiscités ?

  • Pascal Kuzniewski : « Petrus reste le vin le plus réputé et le plus cher de cette région. Le prix de la bouteille s’élève de 1 000 euros à 8 000 euros pour les très grands millésimes. Pour tous les grands crus classés, comme Château Latour, Château Margaux, Cheval Blanc, Lafite Rothschild et Mouton Rothschild, il faut compter à peu près 300 euros par bouteille. Mais aujourd’hui, compte tenu de l’amélioration de la qualité des vins, des progrès apportés par l’oenologie pour corriger beaucoup d’imperfections climatiques, il n’y a plus vraiment de mauvais millésimes à Bordeaux. Ainsi, il est possible de se faire plaisir avec des bouteilles à 15 euros. Mais, pas de toutes les détailler, car il existe 15 000 étiquettes différentes dans le vignoble ! »

Il est possible de trouver de bons bourgognes entre 15 et 20 euros

  • Aladin : La Bourgogne semble séduire de plus en plus d’amateurs. Comment expliquer l’engouement récent et croissant pour cette région ?

  • Pascal Kuzniewski : « Alors que la Bourgogne produit beaucoup moins de vins que le Bordelais, le public apprécie ses petites productions rares et de plus en plus qualitatives. Romanée-Conti et Leroy s’avèrent d’ailleurs les domaines les plus recherchés mondialement. À titre indicatif, lors d’une vente aux enchères, organisée le 14 août 2019 par la maison Besch à Cannes, un Musigny cru 2005 du domaine Leroy s’est vendue à 28 500 euros frais compris. Il est toutefois possible de trouver de bons bourgognes entre 15 et 20 euros. Par exemple, le bourgogne blanc de Pierre Morey, d’un millésime récent, s’adjuge vers 15 euros au marteau".

  • Aladin : Les acheteurs s’intéressent-ils aux vins « naturels » ?

  • Pascal Kuzniewski : « Depuis quelques années, ces vins dits naturels enregistrent une véritable progression. Cet engouement coïncide avec la volonté actuelle de favoriser la traçabilité des produits et de réduire au maximum l'utilisation des pesticides et du soufre. Si ces bouteilles valaient entre 40 et 50 euros il y a encore cinq ans, elles atteignent aujourd’hui facilement 150 euros. Les vins « naturels » du Beaujolais et du Jura sont particulièrement appréciés. Le Fleurie, cru du Beaujolais, et notamment la cuvée L’Ultime, du producteur Yvon Métras, se vend désormais autour de 150 euros la bouteille, alors qu’il y a cinq ans son prix était de 50 euros. »

  • Aladin : En termes d'ancienneté, quels sont les breuvages à privilégier ?

  • Pascal Kuzniewski : « Aux enchères, il est possible de trouver des vins datant du XIXe siècle, bien qu’ils soient relativement rares. Des sauternes de 1860 et 1900 peuvent apparaître sur le marché. Les bouteilles les plus anciennes sont principalement des alcools, à l'image des très vieux cognacs qui intéressent particulièrement les acheteurs et dont les bouteilles des années les plus prestigieuses, 1811 et 1865, peuvent atteindre jusqu’à 5 000 euros. Il existe également une vraie fascination du marché pour la Chartreuse. Les amateurs n’hésitent pas à faire monter les enchères jusqu’à 10 000 euros pour les plus vieilles bouteilles. Enfin les rhums millésimés sont de plus en plus recherchés, comme le Bally qui enregistre des adjudications autour de 1 500 à 2 000 euros la bouteille. »

Pascal Kuzniewski-Lebrun est notamment gérant de la société Vin Vino Veritas et expert pour Cannes Auction (l’une des principales maisons de ventes aux enchères françaises de vins anciens).

Qui sont les acheteurs ?

Les ventes aux enchères de vins et d’alcools ont enregistré une progression de 18 % en 2018, selon le dernier rapport du Conseil des ventes volontaires (CW), avec un montant total d’adjudications s’élevant à 46 millions d’euros. Dans son étude, le CW détaille que « si les acheteurs restent majoritairement français (70 % des lots achetés), les grands millésimes (...) partent généralement à l’exportation ». Pascal Kuzniewski ajoute que : "les clients des salles des ventes préfèrent nettement boire les bouteilles acquises plutôt que de les collectionner !"

Aladin, Magazine des chineurs

Crédit photos : Hervé Lefebvre - www.twinphotographie.com


Petrus 1947

Bordeaux - Une bouteille du fameaux Château Petrus, et de 1947 !


Chartreuse jaune 1869-1878

Une bouteille de Chartreuse jaune de la période 1869-1878 !


Henri Jayer Vosne Romanée

Les bourgognes tiennent le haut du pavé, comme ces bouteilles de Vosne-Romanée !

Les documents :

Vins & Spiritueux36
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